Les socialistes français ont pris au pied de la lettre cette maxime : “Le rôle de l’opposition, c’est de s’opposer” (un peu comme le Président Mao, qui disait “Le rôle d’un révolutionnaire, c’est de faire la révolution”…). Après les avoir conduit à défendre le socialisme des terroirs et des clochers, ce credo basique, s’opposer, les transforme maintenant en gardiens du temple du gaullisme. Une cure de pouvoir leur ferait le plus grand bien pour éviter de s’égarer.
La motion de censure déposée contre le gouvernement à propos de l’envoi de troupes supplémentaires en Afghanistan n’est pas idiote sur la forme : elle permet de mettre le nez de Sarkozy dans ses contradictions. On ne peut pas scander qu’on renforce les droits du Parlement et ignorer ledit Parlement à l’occasion d’un revirement de jurisprudence en matière de politique extérieure. Mais dans son contenu, les cris d’orfraies contre “l’armée d’occupation”, “l’alignement sur le Pentagone”, et l’amorce d’une réintégration du commandement intégré de l’OTAN confinent au pavlovisme primaire.
Armée d’occupation ? Ce sont les socialistes qui ont envoyé les premiers hommes en 2002. L’argument qui dénonce Chirac comme responsable d’un tel geste à l’époque est à peine moins de mauvaise foi que lorsque Jospin avait signé Amsterdam en 1997, en prétextant que la cohabitation l’avait empêché de tenir ses engagements de campagne.
Alignement sur les Etats-Unis ? Mais de quelle sorte de dictature fasciste parlons-nous ? De l’Allemagne nazie ? Du Chili de Pinochet ? De l’Iran des mollahs ? Si Amérique = Grand Satan, il faut le dire tout de suite.
L’OTAN ? La France y siège déjà. Par quelle hypocrisie (gaullienne) ne serait-on pas en droit d’y avoir toute sa place, dès lors que l’Europe de l’Est réclame à corps et à cris la protection du parapluie atlantique et que la défense européenne en est encore à l’état d’embryon ?
Qu’est-ce qui est en train de se jouer en Afghanistan ? Une partie de l’avenir du Moyen-Orient. Ceux qui refusent de mourir pour Kaboul, les héritiers des pacifistes qui ne se seraient pas égratignés pour Dantzig, n’ont semble-t-il pas bien compris les aspirations des peuples de la région, ces populations objectivées par l’Occident qui ont pourtant chassé les islamistes du parlement au Pakistan il y a quelques semaines, par un vote clair et sans appel. Parce qu’ils en ont marre des talibans, d’Al-Quaida et de leurs affidés. Mais sans doute les socialistes préfèrent-ils les Ch’tis à ceux des arabes qui n’entrent pas dans leurs cases définies à l’avance.












13 réponses so far ↓
benzek // avril 2, 2008 à 2:42
Très bien. Chaque fois que le sympathique rédacteur de blog nous évite ses inconsistants encouragements à Djibril Cissé, qui aurait du courir le 100 mètres plutôt que de tenter de se faire passer pour un footballeur, ce qui exige dexterité, technique et vision du jeu, alors je me retrouve dans les analyses qu’il nous expose avec un certain goût de la provocation assez jouissif. Les abrutis qui multiplient les cris d’indignation à propos de la guerre en Afganistan sont à deux doigts de nous dire que le terrorisme, c’est l’arme du pauvre. Pensent-ils aussi que la remilitarisation de la Ruhr était la légitime reconnaissance des droits des humiliés du traité de Versailles? Comme je les respecte, j’imagine que non. Alors qu’ils se respectent aussi en arrêtant de beugler. S’ils y tiennent vraiment, qu’ils protestent avec nous contre les dictatures, pas les démocraties, fussent-elles imparfaites.
thierrykeller // avril 2, 2008 à 3:42
cool, du renfort !
Clotilde // avril 2, 2008 à 6:05
Et ben merde alors, apporter ses troupes à l’OTAN ne fait pas autant de mal à la future armée européenne (de plus en plus arlésienne) que le NON à la constitution peut-être? Et tu parles de contradictions? De plus en plus marrant…
Une abrutie niçoise.
benzek // avril 3, 2008 à 1:50
Il n’y a pas de contradiction entre l’appartenance à l’OTAN et une éventuelle armée européenne : la deuxième devrait être une composante de la première. Sauf à laisser la défense du “monde libre” aux seuls Etats-Unis, ce qui n’est pas une très bonne idée, sauf à considérer que l’opération en Irak est un succès. Mais l’Afghanistan, ce n’est pas l’Irak. D’ailleurs, il y a un mandat de l’ONU!
Tonton B. // avril 3, 2008 à 3:32
J’avoue, moi aussi, ne pas très bien comprendre l’attitude des socialistes français. Lorsque que les Etats-Unis agissent dans le cadre de l’ONU donc du respect du droit international et qu’il s’agit de combattre une dictature et/ou le terrorisme et /ou un régime qui asservit le peuple local, à l’intérieur de ce cadre-là de l’ONU j’aurais mauvaise grâce à m’y opposer.
L’opposition systématique aux USA me semble tout aussi contre-productive que l’alignement systématique.
N’étant pas un spécialiste de politique étrangère, je suis perplexe sur la proposition de Sarkozy de réintégrer le commandement militaire de l’OTAN même si ledit Sarko y souhaite une contrepartie à savoir le renforcement de la défense européenne. Car ce n’est pas, de mon point de vue, la même chose que siéger à l’OTAN et faire partie du commandement militaire intégré dudit OTAN.
En clair je serais plus tenté par une défense européenne autonome. Les deux (OTAN/UE) sont-ils conciliables?
Mais, je le redis, je ne suis pas un spécialiste de la question alors j’attends vos avis. Cordialement.
Clotilde // avril 4, 2008 à 6:02
Que ce soit bien clair. Même si je ne suis plus au PS (virée), ce n’est pas à l’envoi de troupes en Afghanistan que je m’opposerais, si j’étais député, ce qui ne risque pas d’arriver bon passons…, c’est au ralliement entier de la France à l’OTAN sur le plan des troupes.
Je vous donne un exemple: il y a plus d’un an, l’OTAN a décidé d’installer des missiles en face de chez Poutine, en essayant de lui faire gober que c’était contre l’Iran. A l’époque, personne n’a ralé, même pas l’Europe. Complètement irresponsable. Le seul endroit où j’ai vu une opposition majeure et une analyse de ce que ça allait donner en Russie comme réaction, c’était dans un dossier de … Courrier International!!!!
S’imaginer que ça ne changera rien pour la défense européenne d’être un sous-fifre de l’OTAN est au mieux de la naïveté, au pire, de la très grande mauvaise foi. Faudrait arrêter de déconner quand même.
Clotilde // avril 4, 2008 à 6:23
allez hop, on file écouter la chronique matinale d’Adler sur le site de france culture (vendredi 4 avril), qui s’inquiète de ce que l’OTAN ait demandé à l’Ukraine de les rejoindre, et qui préfèrerait que les choses s’organisent entre européens (et qui d’ailleurs se félicite de l’impact de cette demande qui a déclenché un certain rapprochement franco-allemand qui faisait défaut ces derniers temps).
Encore un abruti gauchiste sans doute.
thierrykeller // avril 4, 2008 à 6:58
Mais Clotilde, tu es déchaînée en ce moment ! L’argument ultime, Alexandre Adler, là c’est fort. Je crois qu’ici, on est tous d’accord : on préfèrerait une défense européenne. Inutile de rappeler le “crime du 30 août” (54) qui met un terme à l’idée de CED, ni même les reculs provoqués par le non français, qui donne naissance à un traité qui, en tant que non constitution, déshabille l’Europe de ses habits fédéraux, dont la défense.
Quant à l’OTAN, je ne vois pas bien le pb : en quoi est-ce un crime ? Si on y est, autant y être normalement. Sinon, sortons-en vraiment.
Clotilde // avril 4, 2008 à 9:31
mais non chuis dans mon état normal! :))) Je pars bientôt pour 15 jours, je prends un peu d’avance c’est tout!
oui je sais, Adler, j’en étais très fière, surtout qu’en cherchant bien, vu le personnage, je suis sûre qu’on doit trouver une chronique ces derniers jours où il doit être bien content que l’on rejoigne complètement l’OTAN. Mais moi aussi j’ai le droit d’être un peu de mauvaise foi naaaan?
(quant au Non au TCE, ben oui je sais bien, c’est ce que je disais plus haut…
Tonton B // avril 4, 2008 à 12:41
Est-ce vraiment le non français qui déshabillerait l’Europe de ses habits fédéraux dont la défense ou nos partenaires européens qui craignaient et craignent toujours qu’une politique européenne de défense se fasse contre l’OTAN, organisme auquel ils tiennent?
Car à bien y réléchir nous n’avons pas eu besoin d’ “habits fédéraux” pour créer une monnaie commune et je ne vois pas pourquoi l’Europe sans constitution ne pourrait pas faire de même avec la défense si il y avait la même volonté.
LN du Trois // avril 16, 2008 à 3:13
Thierry, on t’entend plus…
Aurais-tu été envoyé toi aussi en Afghanistan ?!??
emmanuel reich // avril 28, 2008 à 8:51
un livre pour toi et proche de toi :
Conversation sur les sujets qui fâchent
Gilles. William Goldnadel et Alexandre Adler
L’idée est séduisante, quoiqu’un peu racoleuse. Deux intellectuels, soumis à la question par un journaliste politique, doivent confronter leur analyse sur une série de “sujets qui fâchent”, polémiques de politique intérieure et crises internationales. En l’occurrence, le trio réuni par l’éditeur Jean-Claude Gawsewitch – ancien directeur des éditions Ramsay - partage un engagement fort vis-à-vis d’Israël. S’il ne saurait en aucun cas être réduit à une pensée juive sur l’actualité, ce livre accorde une place centrale à la défense d’Israël. Comme l’affirme Alexandre Adler, “maintenant je le pense sans réticence : le combat pour Israël est un combat urgent et nécessaire.” Il ajoute cette mise en garde : “Néanmoins, je ne fais pas découler de cet engagement toutes mes autres positions sur le monde tel qu’il va”. C’est moins évident dans le cas de Gilles-William Goldnadel.
Le lecteur qui n’est pas familier avec Gilles-William Goldnadel, en effet, cerne assez rapidement une pensée claire et déterminée, endurcie au fil des plaidoiries, des essais et des philippiques. Après quelques chapitres, elle en devient même prévisible. Notons que, sans se confondre avec celles-ci, elle aboutit régulièrement à des conclusions proches de celles défendues par l’actuel président de la République (Turquie, Iran, identité nationale, médias, immigration). En voici un condensé. Contre l’Iran (et son régime “nazislamiste”), l’option militaire doit être envisagée. La Turquie n’est pas en Europe. L’Europe est et doit rester judéo-chrétienne. Le Kosovo devait rester serbe. L’intransigeance doit prévaloir face aux populations arabes. L’ONU fait preuve d’impuissance et le conflit israélo-palestinien est insoluble à court terme. L’antisionisme est la forme moderne la plus courante de l’antisémitisme. Les médias et les pouvoirs publics ont globalement été – dans la période récente - trop complaisants vis-à-vis de l’antisémitisme. L’extrême gauche et les intellectuels en sont trop souvent les complices. L’identité nationale doit être défendue, en particulier en limitant l’immigration. Les médias véhiculent majoritairement les idées de gauche (parfois jusqu’au “gauchisme en majesté”). Les juges, marqués comme l’ensemble de la société par un “traumatisme” lié à la “révélation tardive” de la Shoah, ont tendance à se soumettre à une “idéologie martyrocrate” qui dérègle les décisions de justice.
Les opinions radicales de Gilles-William Goldnadel, telles qu’exposées dans ce livre, flirtent sans cesse avec une provocation assumée et s’inscrivent sans ambiguïté à droite de l’échiquier politique. Elles gravitent aussi – de manière plus ou moins explicite - autour d’une volonté infatigable de défense du sionisme (sans que cette notion, dans son acception contemporaine, ne soit définie). Certains admireront la force et la cohérence du raisonnement. D’autres s’agaceront de ces propos outrés, excessifs (”Tout ce qui est excessif est insignifiant” disait Talleyrand), de ces insultes qui volent vers d’innombrables agresseurs (”ces coteries de petits marquis”, ces “plumitifs”, ces “rebelles de salon”, ces “pseudo intellectuels”, “l’esprit de Munich”, etc.). D’autres encore s’étonneront que l’on puisse à ce point laisser de côté des pans entiers du débat (les résolutions des Nations unies non appliquées, les colonies en Cisjordanie par exemple ne sont jamais évoquées), même si Gilles-William Goldnadel, en préambule, “reconnaît le caractère incontournable du nationalisme palestinien” (qui néanmoins ne lui “inspire aucune estime”). Est-ce vraiment défendre l’État juif et le peuple israélien que de les décharger de toute responsabilité dans la situation actuelle du peuple palestinien ? Faut-il craindre, dès lors qu’une critique à l’égard du gouvernement israélien est exprimée, de voir traiter sa plume ou sa parole de “vinaigre antisioniste” ? Voilà une posture que bien des amis d’Israël, prêts à défendre sans répit les frontières légitimes de l’État juif et le droit à la sécurité de tous les Israéliens, qui reconnaissent en Israël une démocratie admirable mais responsable face au peuple palestinien, auront du mal à épouser.
Les propos d’Alexandre Adler sont à la fois plus modérés et plus imprévisibles. La coquetterie de cet héritier des penseurs des Lumières est, sans doute, de refuser les étiquettes et de pratiquer le contre-pied. Par exemple, lorsqu’il se flatte d’être l’ami des néo-conservateurs américains. Mais ses analyses sont savoureuses, en particulier grâce au don de convoquer des arguments frappants et inattendus sur à peu près tous les sujets. Ainsi, Alexandre Adler rappelle que la “société en Iran est de loin la plus avancée” du Moyen-Orient. Il défend la possibilité d’une réforme iranienne, où un compromis sur le nucléaire pourrait être trouvé avec l’Occident. Sur la Turquie, “l’État”, cette fois, “le plus avancé de l’Islam”, présenté comme “pays de la liberté”, ami d’Israel et pourtant “modèle auquel s’identifie la jeunesse” du Moyen-Orient, le plaidoyer en faveur d’une intégration à l’Europe est puissamment conduit. En France, comme Gilles-William Goldnadel, Alexandre Adler dénonce l’existence d’un “antisémitisme organisé, solidaire d’un racisme organisé”. Plusieurs faits récents, par ailleurs, montreraient qu’un antisionisme plus diffus, aux conséquences bien concrètes, toucherait un grand nombre de magistrats, de hauts fonctionnaires, d’universitaires et d’intellectuels. Néanmoins, comme son interlocuteur, il considère que la France de 2008 a, globalement, “surmonté ses démons”. Et les journalistes français ? À l’instar de la société française, “la presse française est trop étatisée”, trop “tributaire des grandes autorités de l’État”, du Quai d’Orsay notamment, sur les questions internationales.
Que peut-on retenir de cet exercice ? Au-delà de ses convictions sur la question israélo-palestinienne, évoquées ci-dessus, le mérite revient à Gilles-William Goldnadel d’aiguiser l’attention du lecteur sur les formes contemporaines de l’antisémitisme, et donc sur les moyens nécessaires pour le combattre et l’étouffer. Alexandre Adler, quant à lui, déroule la pelote de sa pensée avec son habituel brio, le plus souvent sans confrontation directe avec son interlocuteur. À la forme sonate, improvisée par les deux autres membres du trio, il préfère ici l’art de la fugue.
thierrykeller // avril 29, 2008 à 10:16
Merci, je vais y jeter un oeil… C’est clair que les auditeurs de la chronique d’Adler sur France Culture le matin savent bien que ce garçon est bien moins caricatural qu’il n’y paraît.
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