A Hollywood, on est vite dans le déni de soi. On fait des complexes de supériorité. Plutôt que de récompenser des films “hollywoodiens”, trop américains, trop strass et paillettes, trop républicains, on préfère attribuer des statuettes à des films qui ressemblent à l’idée qu’on se fait d’un cinéma intello, à tendance européenne. C’est louable. Personne ne peut s’en plaindre. Mais alors pourquoi consacrer No country for old men, pensum maniéré qui s’étire en longueur, plutôt qu’un petit chef d’oeuvre d’inventivité et de fraîcheur comme Juno, à qui on octroie l’Academy Award du meilleur scénario en guise de lot de consolation ?
Il y a eu avec les frères Coen le même type de réflexe honteux que jadis avec Michael Moore : on ne plébiscite pas l’oeuvre, mais l’idée qu’on se fait de l’oeuvre. No country a bénéficié d’un buzz moral (moraliste) stupéfiant. Présenté comme la dernière trouvaille en matière de variation sur la violence, la perte de sens et la puissance négative du dollar, ce “western moderne” accumule un certain nombre de clichés censés faire passer les tics de mise en scène pour le must de l’esthétisme : scènes interminables (Javier Bardem se désinfecte sa cuisse blessée pendant 6min30), scénario famélique, dialogues faussement second degré, fin énigmatique, méchant très méchant, gentil pas super gentil, grands espaces poussiéreux… tous les poncifs s’accumulent, plongeant le spectateur dans une sorte de torpeur que seule la mauvaise foi peut qualifier de brillamment dérangeante. On se dit que finalement, c’est pas très compliqué de se voir décerner un Oscar : il suffit de déposer une marque (”frères Coen”), de soigner sa com’ et de creuser son sillon, film après film. En France, Klapish vient de réaliser la même performance : regardez, je suis Cédric Klapish et je vais faire du Klapish. Rien de neuf. César assuré ?
Ce qui manque à Hollywood, ce ne sont pas les bons films, c’est l’audace de les récompenser.

Pour avoir une idée à peu près correcte de ce qu’il ne faut pas faire en matière de politique fiction au cinéma, il est conseillé d’aller voir ce film, raté à tous points de vue.











