Blog de Thierry Keller

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“No country…” : les Oscars récompensent un pensum

février 25, 2008 · 5 commentaires

A Hollywood, on est vite dans le déni de soi. On fait des complexes de supériorité. Plutôt que de récompenser des films “hollywoodiens”, trop américains, trop strass et paillettes, trop républicains, on préfère attribuer des statuettes à des films qui ressemblent à l’idée qu’on se fait d’un cinéma intello, à tendance européenne. C’est louable. Personne ne peut s’en plaindre. Mais alors pourquoi consacrer No country for old men, pensum maniéré qui s’étire en longueur, plutôt qu’un petit chef d’oeuvre d’inventivité et de fraîcheur comme Juno, à qui on octroie l’Academy Award du meilleur scénario en guise de lot de consolation ?

Il y a eu avec les frères Coen le même type de réflexe honteux que jadis avec Michael Moore : on ne plébiscite pas l’oeuvre, mais l’idée qu’on se fait de l’oeuvre. No country a bénéficié d’un buzz moral (moraliste) stupéfiant. Présenté comme la dernière trouvaille en matière de variation sur la violence, la perte de sens et la puissance négative du dollar, ce “western moderne” accumule un certain nombre de clichés censés faire passer les tics de mise en scène pour le must de l’esthétisme : scènes interminables (Javier Bardem se désinfecte sa cuisse blessée pendant 6min30), scénario famélique, dialogues faussement second degré, fin énigmatique, méchant très méchant, gentil pas super gentil, grands espaces poussiéreux… tous les poncifs s’accumulent, plongeant le spectateur dans  une sorte de torpeur que seule la mauvaise foi peut qualifier de brillamment dérangeante. On se dit que finalement, c’est pas très compliqué de se voir décerner un Oscar : il suffit de déposer une marque (”frères Coen”), de soigner sa com’ et de creuser son sillon, film après film. En France, Klapish vient de réaliser la même performance : regardez, je suis Cédric Klapish et je vais faire du Klapish. Rien de neuf. César assuré ?

Ce qui manque à Hollywood, ce ne sont pas les bons films, c’est l’audace de les récompenser.

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On veut du cul !

novembre 11, 2007 · 4 commentaires

Trois potes ont fini le lycée et doivent entrer à la fac à la fin de l’été. Inséparables, losers et obsédés, le gros-le timide-et le binoclard ne pensent qu’à une chose : ne pas finir puceau avant le college. Mais comme ils n’ont aucune chance avec les filles, la solution serait de les faire boire dans une de ces soirées auxquelles ils ne sont jamais invités. Conviés par miracle à une “party” par l’une des target (une ado plantureuse et dévergondée) informée que nos trois amis peuvent dégoter de l’alcool grâce à une carte d’identité trafiquée (aux Etats-Unis, on ne rigole pas avec la majorité à 21 ans), nos blaireaux vont passer la soirée à trouver de quoi se biturer pour oser espérer au moins toucher des nichons, dans un moment d’égarement. Voilà le pitch de ce film subversif et hilarant.

Le cinéma indép’ américain, corrosif et libertaire, n’a pas trouvé mieux que les teenage movies pour s’éclater et balancer des giclées de gerbe vitriolée à la face de la bien-pensance. Le revers de l’Amérique puritaine nelly-olsonisée se trouve ici incarnée dans une bande de pieds nickelés grossiers, alcolo dès le plus jeune âge, fascinés par la bite et les chattes, et entourés de filles toutes moins recommandables les unes que les autres, sortes de préfigurations ado des futures desperate housewives. On imagine très bien Bree, Susan, Lynette et Gabrielle avoir fait leurs classes dans ces zones de banlieues molles où des types fallots espéraient retirer leur culotte dans une soirée où l’alcool coule à flot.

Supergrave va plus loin que la série des American Pie, déjà bien gratinés. Plus trash, plus sale dans la réalisation : plus punck, en quelque sorte. Portrait d’une Amérique désabusée, désincarnée, vide, où l’on croise des keufs ignares qui se prennent pour des cow-boys mais ne pensent qu’à picoler, incapables de serrer le clochard du coin, où l’on rencontre un lumpen prolétariat fauché condamné à la défonce cheap (incroyable scène où une bimbo foncedée se frotte au fute du gros Seth en y laissant les traces de ses règles, ce qui provoque l’ire du mec de la demi pute…)

Vendu comme un teen movie de base, Supergrave est en réalité un manifeste nihiliste, un film d’auteur chaotique qui en dit long sur la civilisation de nos cousins. Mais un film avant tout hilarant à voir débarrassé de toute mauvaise conscience.

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Lelouch cesse de se regarder filmer

juillet 3, 2007 · 5 commentaires

Encore une bonne nouvelle : sans être un chef d’oeuvre, Roman de gare, le dernier Lelouch, a le mérite d’être un bon film.

C’est le problème avec les metteurs en scène de son genre : parfois, le style se transforme en tics. On retrouve ça chez W.Allen ou chez de Palma, quand ils cessent de créer pour se mater le nombril.

Lelouch, c’est un des mecs les plus intéressants du cinéma. Parce qu’il y a un univers, une énergie et une jeunesse ennivrantes. Avec lui, les acteurs ne semblent pas réciter leur texte. Ils bafouillent, rougissent, ils évoluent dans l’incertitude. Chez Lelouch, les scénarios ne sont pas cousus de fil blanc. Ce n’est pas “propre”, et c’est ça qui rend certains de ses films magnifiques (Toute une vie, Itinéraire d’un enfant gâté, Edith et Marcel, Tout ça pour ça…)

Là, Lelouch a fait le coup d’Emile Ajar, pseudo trouvé par Romain Gary pour écrire La vie devant soi. Il s’est effacé, pris pour un autre, et revenu aux sources. Cela nous donne un film frais, comme une oeuvre de débutant. Et putain, ça fait du bien.

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“Le candidat”, un dangereux navet

avril 17, 2007 · 2 commentaires

Pour avoir une idée à peu près correcte de ce qu’il ne faut pas faire en matière de politique fiction au cinéma, il est conseillé d’aller voir ce film, raté à tous points de vue.

“Le candidat”, du pourtant extravagant Niels Arestrup (le père de Romain Duris dans “De battre mon coeur s’est arrêté”), raconte l’histoire de Michel Dedieu, jeune clampin d’un parti envoyé à la présidentielle suite à la défection pour cause de cancer du leader initial, un certain Marigny (ou un nom stupide approchant). Dedieu va passer quelques jours enfermé dans un château avec ses conseillers et son mentor (Arestrup) pour préparer le débat du second tour, qui doit l’opposer au président sortant, Carson, super crédible avec son physique de garçon boucher. Le tout sur fond d’une guerre emmenée bien sûr par les Etats-Unis, et dans laquelle Carson veut entraîner le pays. Appétissant, le pitch, non?

Plusieurs problèmes néanmoins apparaissent dès le générique. D’abord, on s’emmerde ferme. C’est lent. C’est pompier. Le rythme singe “Le Parrain” mais ne parvient qu’à imiter au mieux du mauvais Ridley Scott (contre-jours esthétisants, reflets de l’eau sur les murs rouges de la piscine , cigares allumés au ralenti…). C’est très mal écrit, et donc très mal joué : comme dans une série sur la 3, les acteurs font les liaisons entre les mots et se regardent d’un air pénétrant. Mais passe encore, après tout c’est du cinéma français.

Le plus grave, c’est qu’encore une fois, après “Président” avec Dupontel, “Le candidat” parle de politique non comme elle se fait, mais comme elle se fantasme. Il y a forcément un complot : le petit Dedieu est instrumentalisé par ce salaud d’Arestrup qui a éliminé le chef, et choisi le plus con de tous pour qu’il perde afin de laisser Carson mener sa guerre tranquille. Les conseillers sont forcément des enculés qui privilégient la forme au fond (une heure sur le choix de la cravate). Les Américains sont des nazis (mais ça on savait, c’est comme le triple axel en patinage, ou le fromage sur le gratin). Les femmes sont mal traitées par des machos que le Pouvoir a shooté. Les chauffeurs et gardes du corps sont des Black qui ressemblent tous à Forest Whitaker. Et enfin, cerise sur le gâteau, toute cette ambiance de godfathers de la politique baigne dans la thune et les grosses voitures.

Au total, un film qui explique aux gens que tout est pourri, avec une morale à la con (le gentil naïf gagne à la fin après avoir fait un bon coup aux méchants) et une philosophie anti-parlementaire à la mode : mieux vaut une vierge effarouchée qu’un professionnel qui vous arnaque. La politique expliquée aux enfants, à trois jours du premier tour.

Mon conseil : revoir “The West wing”, ou attendre la sortie en dvd de “Henaut président”, avec Michel Muller, le 7 mai…

 

 

 

 

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Un grand film

mars 16, 2007 · 3 commentaires

En temps normal, je suis sectaire : je ne vais voir que des films français (parfois) ou américains (beaucoup), éventuellement italiens. Les films allemands me rappellent l’école et les “thema” sur Arte. Mais je suis allé voir “La vie des autres”, sous la pression de mon entourage qui ne dit pas que des conneries et parce qu’il a reçu l’Oscar du meilleur film étranger. “La vie des autres” est un film réalisé par un metteur en scène au nom imprononçable et, accessoirement, c’est un un chef d’œuvre.

C’est l’histoire d’un keuf de la Stasi en RDA au milieu des années 80, chargé de surveiller un couple d’artistes soupçonné de subversion. Au fur et à mesure, le keuf, qu’on déteste au début parce que c’est un gros enculé sadique, protège le couple à son insu. Il fait son Amélie Poulain, gagné par le son du piano et les vers de poésie. Il lit Brecht en cachette. Son oeil sec de fonctionnaire socialiste s’humidifie. Il devient le petit rouage d’humanité dans l’enfer totalitaire. De même que le père de famille qui distille ses cartes postales contre Hitler dans le magnifique roman “Seul dans Berlin”, il incarne la beauté de l’âme contre la laideur et la haine.

” La vie des autres” est un chef d’oeuvre parce que c’est un film politique qui ne fait pas de politique. C’est l’inverse d’une démonstration, un anti tract de propagande qui affiche sa préférence pour l’art contre le système. C’est un drame, aussi, qui s’achève dans la mort et l’espoir. Et ici l’espoir a pour nom littérature.

“La vie des autres” est une pépite que les néo-staliniens qui pullulent encore sous nos horizons, déguisés en militants progressistes alors qu’ils se rêvent en zélateurs de nouvelles petites RDA (le Vénézuéla, Cuba…) seraient bien inspirés de regarder.

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