Blog de Thierry Keller

Et Le Pen, dans tout ça ?

mars 10, 2008 · 12 commentaires

Il régnait sur les plateaux télé, hier soir, comme une ambiance de normalité un peu rébarbative. Les gagnants du premier tour (le match aller) répétèrent qu’il s’agissait d’un vote sanction, mais que rien n’était fait, il restait un second tour (encore 90 minutes) ; les perdants nous firent bien rire en tentant mollement de dépolitiser le vote, et d’en appeler à un sursaut de leur électorat (ces gros cons de bourges qui ne se sont pas déplacés). Les cadors ont commencé sur TF1, puis ont glissé sur France 2, puis France 3, puis sur les chaînes info du câble. A mesure que les uns et les autres se retrouvaient, chargés d’une couche de maquillage supplémentaire, ils s’échangeaient sans conviction les mêmes arguments affadis par l’heure qui tournait, et tous étaient pressés de rentrer chez eux. A part Marielle de Sarnez, surexcitée, balayant sa mèche de gauche à droite, toute contente d’être l’attraction de la soirée. Bref, on s’est bien fait chier, au moment où Zapatero remportait les élections en Espagne, et où Hillary Clinton, cette fasciste, abandonnait deux délégués à Jesus-Christ/Gandhi/Mahommet/Luther King/Obama dans le Wyoming.

Et pour une fois, c’était sympa de s’emmerder devant une soirée électorale. Car pour une fois, on n’entendait pas parler du rôle d’”arbitre” du Front national. Personne ne prononçait l’oraison funèbre de Jean-Marie Le Pen, comme si sa disparition en tant que gangrène de la démocratie allait de soi. Comme si 20 ans de lutte antiraciste et de construction d’un cordon sanitaire républicain appartenaient déjà à l’Histoire. Alors que c’était hier matin ! Il y a dix ans, le FN gagnait 4 mairies, dont Toulon. Préfiguration du 21 avril. C’est ça qui est bien avec la France : on a gagné la seconde guerre mondiale, on a un siège à l’ONU, on n’a pas du tout collaboré, on n’a pas aidé la Gestapo, on n’a pas eu Pétain, et Laval… Vraiment sympa, ce pays, on se fait une petite frayeur, on tire la chasse et le tour est joué !

Alors il nous reste un vote sanction pas vraiment catastrophique pour le pouvoir en place. Il nous reste un PS qui peut reprendre certaines des mairies perdues en 2001, alors que la victoire de Delanoé avait masqué une déroute qui elle aussi annonçait les 16% du camarade Jospin. Il nous reste un PS qui a commencé en direct son congrès (Aubry revient, quelle chance). Il nous reste le MODEM, et la frange récalcitrante de Marielle. On entend des socialistes crier “halte à la trahison” quand on évoque une alliance avec le centre. On se fait peur comme on peut. Mais jamais autant que quand les Le Pen, Maigret, Carl Lang et consorts terrorisaient les soirées électorales. En attendant, moi, je n’irai pas voter dimanche : mon candidat a fait 55 au premier tour.

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Hillary rassure la base démocrate

mars 5, 2008 · 15 commentaires

Trop épuisé cette nuit pour suivre les résultats des primaires au Texas et dans l’Ohio, je me réveille ce matin en croyant avoir rêvé : Hillary l’emporte et interrompt le fameux “momentum” d’Obama (j’adore ce mot de “momentum”, qui a un pouvoir quasi auto-réalisant : la force va à la force, comme dirait un de mes amis).

Contrairement à ce que suggère Clotilde dans un de ses commentaires toujours très stimulants, je ne m’intéresse pas à la question depuis une semaine. Et c’est ce qui me permet de dire que oui, Hillary est plus “à gauche” au sens français du terme, même si ça ne m’étonne pas que les journalistes américains pensent le contraire : Obama, par ses positions contre la guerre et sa vision compatissante de son pays, a l’air d’être plus à gauche, ou plus “liberal”. Mais en ces temps troublés d’incertitude économique majeure, les électeurs démocrates n’ont pas forcément besoin d’un nouveau JFK  ou Jimmy Carter. Autrement dit, toute sa force fondée sur les valeurs et les principes se heurte à la réalité : les affaires domestiques comptent davantage que les problèmes du monde et les questions de morale. C’est la crise, on vit dans un pays qui a peur. Peur de la déclassification sociale, peur de l’insécurité (physique, financière…). Il ne suffit donc pas d’être un bon prêcheur, ce qu’est assurément Obama. Il faut être rassurant plus qu’enthousiasmant. Solide plus que lyrique. Plus exactement, les démocrates nous ont dit : “On veut bien faire de la politique autrement, mais on verra plus tard.”

Je ne connais pas l’issue du scrutin. Mais si les choses restent en l’état, il y a fort à parier que la défaite d’Obama ne sera pas due à la couleur de sa peau, à son métissage ni à son patronyme (prénom “Irak”, 2e prénom “Saddam”, nom de famille “Oussama”), mais bien à son positionnement politique. C’est une très bonne nouvelle parce que cela déracialise le vote. S’il gagne, au contraire, ce sera parce l’espoir, cette fameuse “audacy of hope”, aura pris le dessus sur la peur. Ce qui serait, aussi, une bonne nouvelle. Mais je n’y crois pas.

C’est, parait-il, en regardant le premier grand discours public d’Obama à la convention démocrate de 2003, celui où il est “né au monde”, que les auteurs de la série The west wing ont imaginé le personnage de Matt Santos dans la saison 6. Un démocrate issu d’une minorité, gagnant l’investiture de son parti, et affrontant Arnie Vinick, une sorte de Mc Cain de fiction, c’est-à-dire détesté par la frange la plus conservatrice des républicains. Mais là où Obama ne surfe que sur sa jeunesse et son extraordinaire force de conviction, Santos, il est vrai aidé par un Josh au sommet de son art, avait su combiner jeunesse, nouveauté, et propositions capables d’entraîner les classes moyennes apeurées, axant notamment toute sa campagne sur l’éducation. Il est étonnant de voir que Santos est un produit virtuel créé à partir de l’ADN politique d’Obama, mais qu’Obama ne s’est pas assez inspiré de son double télévisuel…

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Pendant ce temps, Sarkozy travaille…

mars 3, 2008 · 3 commentaires

La France vieux jeu tient sa revanche. La droite bien élevée, le troisième âge à cheval sur l’étiquette, la gauche morale, les dames caté, … tous s’allient pour taper sur Sarkozy. Vulgaire, agité du bocal, inconséquent, faisant étalage de ses poules et de ses montres en or… rien n’est épargné à ce garçon, que les mêmes caractéristiques avaient pourtant porté au pinacle il y a quelques mois seulement.

Je me souviens de cette interrogation au lendemain du second tour : Sarko va-t-il endosser les habits d’un chef de l’Etat, chiraco-mitterrandiser son style, ou bien rester lui-même ? Au moins, la réponse est claire : Sarko reste Sarko. C’est ce qui a fait sa gloire, c’est ce qui est en train de faire sa chute. Une chute bien virtuelle, étant donné qu’une série de sondage n’a jamais fait démissionner un Président.

Fillon, lui, est populaire. C’est une sorte de Balladur. A terme, être lisse, ça rapporte. Propre sur lui, modeste, bien peigné, discret. Et pourtant, c’est lui qui met en oeuvre la politique du premier.

Et c’est bien ça qui commence à être énervant. A se demander si l’obnubilation sur le style de Sarkozy n’est pas une stratégie pour passer sous silence la véritable révolution à l’oeuvre depuis son élection. J’ai moi-même hurlé avec les loups, mais je suis convaincu que ces attaques ad hominem sont de plus en plus improductives. Sans vouloir marcher sur les pas de Marion Cotillard, qui voit des complots partout, je me dis que pendant que Marianne et l’Obs s’acharnent contre les sacs Vuitton offerts par Nico à Carlita, notre ami trace tranquillement les contours d’une France dont le profil a de quoi faire peur.

Qu’y a-t-il de plus grave ? La “nuit au Fouquet’s” ou les félicitations à Poutine ? La croisière sur un yatch ou les objectifs de raccompagnement à la frontière ? Le texto à Cécilia ou les peines incompressibles à effet rétroactif ? Les costumes croisés sur talonnettes ou les discours du Latran et de Ryad ?

Heurtée dans sa sensibilité de vieille fille à cheval sur les codes sociaux, la France cloue son leader au pilori. “Ils vont s’habituer”, plaide Nicolas. Il a raison : tous les pays occidentaux vivent désormais dans ce mélange de vie privée et de vie publique. Le code génétique de nos démocraties d’opinion réclame le mélange des genres. On vote pour un Président comme on vote pour Quentin à la Star Ac’. Oui, il va falloir s’y habituer. Mais à quand un mauvais sondage pour Sarkozy qui placerait en tête des griefs : “Remet en cause les fondements du droit et de la République” ?

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Mandanda for president !

février 28, 2008 · 2 commentaires

On s’acharne sur le pauvre Michael Landreau. A tort : Landreau n’a jamais été un grand gardien de buts, il n’y a pas lieu de s’étonner de ses “performances”. Depuis un match de Ligue des champions avec Nantes contre Manchester où il en prit 5, dont 3 pour lui, jusqu’à ses trouades récentes, en passant par sa “panenka” ratée en finale de la coupe de la Ligue il y a quelques années, ce jeune homme prétentieux n’a jamais fait des merveilles.

Sébastien Frey ressemble de plus en plus à Bouddha depuis qu’il s’est converti au bouddhisme.

Grégory Coupet fait des passes décisives à l’adversaire.

Non, vraiment, je ne vois qu’une solution : Steve Mandanda.

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“No country…” : les Oscars récompensent un pensum

février 25, 2008 · 5 commentaires

A Hollywood, on est vite dans le déni de soi. On fait des complexes de supériorité. Plutôt que de récompenser des films “hollywoodiens”, trop américains, trop strass et paillettes, trop républicains, on préfère attribuer des statuettes à des films qui ressemblent à l’idée qu’on se fait d’un cinéma intello, à tendance européenne. C’est louable. Personne ne peut s’en plaindre. Mais alors pourquoi consacrer No country for old men, pensum maniéré qui s’étire en longueur, plutôt qu’un petit chef d’oeuvre d’inventivité et de fraîcheur comme Juno, à qui on octroie l’Academy Award du meilleur scénario en guise de lot de consolation ?

Il y a eu avec les frères Coen le même type de réflexe honteux que jadis avec Michael Moore : on ne plébiscite pas l’oeuvre, mais l’idée qu’on se fait de l’oeuvre. No country a bénéficié d’un buzz moral (moraliste) stupéfiant. Présenté comme la dernière trouvaille en matière de variation sur la violence, la perte de sens et la puissance négative du dollar, ce “western moderne” accumule un certain nombre de clichés censés faire passer les tics de mise en scène pour le must de l’esthétisme : scènes interminables (Javier Bardem se désinfecte sa cuisse blessée pendant 6min30), scénario famélique, dialogues faussement second degré, fin énigmatique, méchant très méchant, gentil pas super gentil, grands espaces poussiéreux… tous les poncifs s’accumulent, plongeant le spectateur dans  une sorte de torpeur que seule la mauvaise foi peut qualifier de brillamment dérangeante. On se dit que finalement, c’est pas très compliqué de se voir décerner un Oscar : il suffit de déposer une marque (”frères Coen”), de soigner sa com’ et de creuser son sillon, film après film. En France, Klapish vient de réaliser la même performance : regardez, je suis Cédric Klapish et je vais faire du Klapish. Rien de neuf. César assuré ?

Ce qui manque à Hollywood, ce ne sont pas les bons films, c’est l’audace de les récompenser.

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Et si on tondait Christine Ockrent ?

février 21, 2008 · 5 commentaires

L’anti-sarkozysme grégaire a encore frappé. En dénonçant les “conflits d’intérêt” entre Christine Ockrent et Bernard Kouchner sur la question de France Monde, une bonne partie de la gauche morale a encore fait preuve de l’état d’esprit réactionnaire dont elle est désormais coutumière. L’une des journalistes les plus capées de France serait sommée de ne pas accepter le job juste parce qu’elle est la femme du ministre des affaires étrangères ? On passe assez de temps à dénoncer le bas niveau de la presse politique pour se plaindre qu’une journaliste de cette densité accède à ce genre de poste, non ? A écouter les arguments du SNJ, de la CFDT, de Libé et autres…, on se demande s’ils ne sont pas en train de confondre Ockrent avec Xavière Tibéri ! “Femme de”, “doutes sur l’indépendance” et autres suspicions pèsent sur une meuf de 64 ans qui n’a pas pourtant pas décidé subitement de quitter le domicile conjugal pour faire métier d’information.

Dans Libé, on dénonce pêle-mêle Ockrent, Bolloré, Lagardère, Minc et compagnie, comme si tout ce petit monde faisait partie d’un même complot : celui des élites mondialisées fricotant avec l’horrible Sarkozy. La preuve, l’ex “Reine Christine” fait des ménages” ! Elle a accepté d’animer l’Université d’été du Medef ! Salope ! Tout ça c’est magouille et compagnie, petits arrangements entre amis au sommet de la superstructure économico-étatique.

C’est vrai : Ockrent est nulle. Elle a trouvé sa carte de presse dans une pochette surprise (ou pire : elle se l’est payée avec l’argent que son mari a touché de Total en Birmanie !). Elle est autoritaire. Elle couche pour réussir, et avec l’ennemi en plus. Elle aurait appelé quasi ouvertement à voter “oui” au TCE. Je vois qu’une solution : la tondre.

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On a marché sur la tête…

février 14, 2008 · 6 commentaires

Un “journaliste” qui dévoile le contenu d’un SMS. Une “première dame” qui compare le journal en question à “Je suis partout”. Qui s’excuse auprès du journal, mais qui n’a pas un mot pour l’incroyable comparaison entre les victimes des abus de la presse et les déportés. Un Président, qui, dans la foulée, demande à chaque élève de primaire de “parrainer” un enfant juif disparu. Un rédacteur en chef de l’Express amoureux de Carla, au-delà de toute prise de distance professionnelle. Tout ça dix jours après un mariage rocambolesque et une affaire de Neuilly à la sauce république bananière. Oui, on a bien marché sur la tête.

Heureusement, la direction du Nouvel Obs vient de réagir. Je ne crois pas que Jean Daniel ment quand il dit qu’il ne savait pas pour la brève sur le SMS. Mais son texte a le mérite de la clarté. Et de la dignité.

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L’échec du modèle italien ?

février 13, 2008 · 5 commentaires

L’implosion de la coalition de gauche italienne pose question à la gauche française. Jusqu’ici, les candidats déclarés à la tête du PS au prochain congrès (juin ? novembre ?) se réclamaient, pour la plupart, du “modèle” italien : une super coalition, assise sur des primaires à l’américaine. Ainsi, Romano Prodi gouvernait-il en chevauchant une addition de forces, mais il était à la merci de la première défection venue. Ce qui n’a pas manqué de subvenir. Voilà la gauche italienne à nouveau émiettée. D’un côté une pôle “radical”, de l’autre un Parti démocrate qui ne veut plus s’encombrer de ses turbulents alliés. Veltroni, maire de Rome et ami déclaré de Ségolène, ira seul à la bataille. Espérant gagner sans avoir besoin de supplétifs, sur une ligne social-démocrate.

Cela signifie-t-il que la gauche française doit s’adapter à ce nouveau contexte ? Ce qui est certain, c’est que les arguments de campagne ne pourront plus être aussi symétriques : “faisons comme nos voisins !” Et il est à espérer que les candidats sur la ligne de départ, au PS, ne se laisseront pas influencer par l’échec transalpin. D’abord parce que les institutions brinquebalantes en Italie permettent les combinaisons de circonstance tandis que chez nous elles garantissent la stabilité… Ensuite parce que selon toute vraisemblance, la gauche va perdre les élections générales, laissant Berlusconi revenir aux affaires, ce qui est une très mauvaise nouvelle.

Primaires, union de la gauche (ou coalition arc-en-ciel, avec le centre) : ce diptyque perdant à Rome se doit d’être gagnant à Paris. Désormais ce sera plus difficile à défendre, mais indispensable à réaliser.

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Tous avec toi, David !

février 12, 2008 · 3 commentaires

 
Moi ce que j’aime, chez Martinon, c’est qu’on hésite entre l’envie irrépressible de lui coller une baffe et de lui offrir un vieux reste de Carambar. J’aurais jamais pensé avoir une once de compassion pour ce grand dadet engoncé dans son manteau sur mesure, cloîtré dans son 4*4 Mercedes, mais tout de même : cette chasse à l’homme, cette violence. Me voici subitement devenu martiniste. Donc je répète : tous avec toi, David !

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Observateur ou voyeur ?

février 8, 2008 · 4 commentaires

Bon, d’accord, Nicolas Sarkozy va périr par où il vécut. D’accord, le SMS à Cécilia en dit long sur le personnage. A l’Elysée, la génération texto a succédé aux liaisons dangereuses mitterrandiennes… Mais on s’en fout un peu, non ? Qu’est allé faire le Nouvel Obs dans cette galère ? Je veux dire, pourquoi ce journal s’abaisse-t-il à ça ? Je me demande si la sarkosation des esprits n’a pas contaminé tout le monde.

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