Il régnait sur les plateaux télé, hier soir, comme une ambiance de normalité un peu rébarbative. Les gagnants du premier tour (le match aller) répétèrent qu’il s’agissait d’un vote sanction, mais que rien n’était fait, il restait un second tour (encore 90 minutes) ; les perdants nous firent bien rire en tentant mollement de dépolitiser le vote, et d’en appeler à un sursaut de leur électorat (ces gros cons de bourges qui ne se sont pas déplacés). Les cadors ont commencé sur TF1, puis ont glissé sur France 2, puis France 3, puis sur les chaînes info du câble. A mesure que les uns et les autres se retrouvaient, chargés d’une couche de maquillage supplémentaire, ils s’échangeaient sans conviction les mêmes arguments affadis par l’heure qui tournait, et tous étaient pressés de rentrer chez eux. A part Marielle de Sarnez, surexcitée, balayant sa mèche de gauche à droite, toute contente d’être l’attraction de la soirée. Bref, on s’est bien fait chier, au moment où Zapatero remportait les élections en Espagne, et où Hillary Clinton, cette fasciste, abandonnait deux délégués à Jesus-Christ/Gandhi/Mahommet/Luther King/Obama dans le Wyoming.
Et pour une fois, c’était sympa de s’emmerder devant une soirée électorale. Car pour une fois, on n’entendait pas parler du rôle d’”arbitre” du Front national. Personne ne prononçait l’oraison funèbre de Jean-Marie Le Pen, comme si sa disparition en tant que gangrène de la démocratie allait de soi. Comme si 20 ans de lutte antiraciste et de construction d’un cordon sanitaire républicain appartenaient déjà à l’Histoire. Alors que c’était hier matin ! Il y a dix ans, le FN gagnait 4 mairies, dont Toulon. Préfiguration du 21 avril. C’est ça qui est bien avec la France : on a gagné la seconde guerre mondiale, on a un siège à l’ONU, on n’a pas du tout collaboré, on n’a pas aidé la Gestapo, on n’a pas eu Pétain, et Laval… Vraiment sympa, ce pays, on se fait une petite frayeur, on tire la chasse et le tour est joué !
Alors il nous reste un vote sanction pas vraiment catastrophique pour le pouvoir en place. Il nous reste un PS qui peut reprendre certaines des mairies perdues en 2001, alors que la victoire de Delanoé avait masqué une déroute qui elle aussi annonçait les 16% du camarade Jospin. Il nous reste un PS qui a commencé en direct son congrès (Aubry revient, quelle chance). Il nous reste le MODEM, et la frange récalcitrante de Marielle. On entend des socialistes crier “halte à la trahison” quand on évoque une alliance avec le centre. On se fait peur comme on peut. Mais jamais autant que quand les Le Pen, Maigret, Carl Lang et consorts terrorisaient les soirées électorales. En attendant, moi, je n’irai pas voter dimanche : mon candidat a fait 55 au premier tour.













